Agroforesterie et Reforestation Communautaire /ACCOMPAGNÉ PAR LE FORUM DE PARIS SUR LA PAIX en Ituri
L’arbre comme instrument de paix, de réconciliation et de mémoire communautaire
1. Le véritable cœur du projet ARCI
ARCI est avant tout une approche de résolution pacifique des conflits communautaires. L’agroforesterie et la plantation d’arbres ne constituent pas une fin en soi. Elles sont le moyen par lequel ADE-RDC accompagne les communautés en conflit vers le dialogue, la recherche d’un accord, la réconciliation et la consolidation de la paix. Dans les territoires ruraux de l’Ituri, de nombreux conflits peuvent être liés à la terre, aux limites des champs, à l’accès aux ressources naturelles, à l’utilisation des espaces ou aux relations entre agriculteurs et éleveurs. Face à ces situations, ADE-RDC ne cherche pas uniquement à résoudre le conflit par la médiation. L’organisation cherche également à donner une forme visible, durable et socialement reconnue à la paix retrouvée. C’est là qu’intervient l’arbre. L’arbre devient le témoin vivant de l’accord de paix.
2. De la médiation à l’Arbre de paix
Le processus ARCI suit une logique simple :
Conflit → Dialogue → Médiation → Accord de paix → Engagement communautaire → Arbre de paix → Mémoire et protection de la paix
Lorsqu’un conflit est identifié, ADE-RDC engage un processus de dialogue avec les communautés concernées. Selon la nature du conflit, ce processus peut prendre la forme de dialogues communautaires, ateliers de paix, séances de médiation et rencontres entre les différentes parties.
Lorsque les parties parviennent à un accord de paix, le processus ne s’arrête pas à la signature d’un document. ADE-RDC organise alors, avec la communauté, un moment public et symbolique de consolidation de la paix : la plantation de l’Arbre de paix.
3. Une plantation qui rassemble toute la communauté
La plantation de l’Arbre de paix est conçue comme un acte communautaire solennel.
- les chefs coutumiers
- les leaders religieux
- les représentants de la société civile
- les femmes
- les jeunes
- les représentants des communautés concernées
- les parties directement impliquées dans le conflit
- les agronomes et équipes techniques d’ADE-RDC
La plantation devient ainsi un moment où ceux qui étaient opposés se retrouvent autour d’un acte commun. L’arbre planté ensemble matérialise le passage du conflit à la paix.
Il ne s’agit donc pas simplement de planter un arbre. Il s’agit de créer un moment collectif où la communauté affirme : « Nous avons choisi la paix, et nous nous engageons ensemble à la préserver. »
4. Quel arbre planter ?
L’Arbre de paix ne doit pas être choisi au hasard. Le choix de l’arbre doit être effectué avec la communauté.
Les agronomes d’ADE-RDC apportent leurs connaissances techniques afin d’identifier les espèces adaptées au territoire, au sol, au climat et aux objectifs de restauration. Mais la décision doit également être éclairée par les anciens du village et les connaissances locales.
Les anciens peuvent indiquer quels arbres possèdent une signification particulière dans leur communauté, quels arbres sont traditionnellement respectés, lesquels sont associés à certains espaces ou événements et lesquels peuvent être reconnus collectivement comme un symbole communautaire.
Ainsi, le choix de l’arbre repose sur la rencontre entre : Savoir scientifique + savoir local + mémoire culturelle + symbole communautaire.
L’Éco-Hub s’adresse en priorité aux acteurs locaux qui dépendent directement des ressources naturelles ou qui peuvent devenir des acteurs de leur restauration et de leur valorisation.
5. L’arbre doit porter une histoire
Un Arbre de paix ne doit pas être un arbre anonyme. Il doit porter une histoire.
Chaque arbre planté doit être associé à un récit communautaire : l’histoire du conflit, le chemin parcouru pour parvenir au dialogue, l’accord conclu et l’engagement pris par les parties.
L’arbre devient ainsi un support de mémoire de la paix. Une personne qui verra cet arbre plusieurs années plus tard doit pouvoir demander : « Pourquoi cet arbre a-t-il été planté ici ? » Et la communauté doit pouvoir répondre : « Cet arbre a été planté lorsque nos communautés ont décidé de mettre fin à tel conflit et de vivre en paix. »
6. La conception congolaise de l’arbre
Dans de nombreuses communautés de la République démocratique du Congo, l’arbre ne représente pas uniquement une ressource naturelle. Il peut être associé à la vie, à la mémoire, au territoire, à la communauté, à la protection, à la transmission et à différents savoirs locaux.
ARCI ne cherche donc pas à imposer une signification universelle à l’arbre. La signification de chaque Arbre de paix doit être construite avec la communauté qui le plante. C’est ce qui permet au symbole d’être véritablement approprié par la population.
7. L’Arbre de paix comme témoin vivant
L’Arbre de paix devient un témoin vivant de l’accord conclu. Contrairement à un document qui peut être oublié, perdu ou conservé dans une administration, l’arbre grandit au même endroit que la communauté.
Chaque année, il devient plus grand. Il rappelle aux générations suivantes qu’un conflit a existé, mais surtout qu’une communauté a été capable de le résoudre pacifiquement.
- un témoin de l’histoire
- un symbole de réconciliation
- un rappel de l’engagement pris
- un marqueur du territoire
- un élément du patrimoine communautaire
- un bien écologique à protéger collectivement
8. Pourquoi l’arbre peut contribuer à consolider la paix
L’innovation d’ARCI repose sur une idée fondamentale : la paix doit produire quelque chose de visible et de durable dans le territoire.
Lorsqu’un conflit est résolu, les personnes retournent à leurs activités quotidiennes. Le risque est que, avec le temps, la mémoire de l’accord s’affaiblisse et que les tensions réapparaissent.
L’Arbre de paix crée alors un rappel permanent. Chaque fois que les membres de la communauté voient l’arbre, ils peuvent se souvenir de l’engagement collectif.
Il ne remplace ni les accords de paix, ni les mécanismes coutumiers, ni les institutions compétentes. Il vient symboliser, renforcer et rendre visible l’engagement communautaire en faveur de la paix.
9. Le rôle des chefs coutumiers
Les chefs coutumiers contribuent à la compréhension du territoire, des pratiques locales, des mécanismes traditionnels de résolution des conflits et de la signification culturelle de certains arbres. Ils peuvent participer, avec les agronomes et les communautés, à l’identification de l’espèce choisie comme Arbre de paix.
10. Le rôle des agronomes
Les agronomes d’ADE-RDC jouent le rôle de pont entre la connaissance scientifique et la connaissance communautaire. Ils analysent l’adaptation de l’espèce au milieu, les caractéristiques du sol, les conditions climatiques, les fonctions écologiques de l’arbre, sa capacité à contribuer à la restauration et son intérêt pour la communauté.
Le choix technique doit être confronté au savoir des anciens et à la perception de la communauté. L’arbre de paix doit être à la fois écologiquement pertinent et culturellement légitime.
11. Le rôle des femmes et des jeunes
La plantation de l’Arbre de paix doit être un acte inclusif. Les femmes et les jeunes sont associés aux dialogues, aux ateliers de paix et à la plantation. La paix communautaire ne doit pas être uniquement l’affaire des autorités ou des personnes directement impliquées dans le conflit : elle doit devenir un engagement collectif.
Les jeunes, en particulier, peuvent devenir les gardiens de la mémoire de l’arbre et transmettre son histoire aux générations suivantes.
12. Chaque arbre possède son identité
ARCI peut documenter chaque Arbre de paix à travers une fiche communautaire indiquant :
- Nom ou identification de l’Arbre de paix
- Lieu de plantation
- Communautés concernées
- Date de plantation
- Conflit ayant été résolu
- Date de l’accord de paix
- Parties ayant participé au processus
- Espèce choisie
- Signification culturelle de l’arbre
- Engagement communautaire de protection
Cette documentation permet de constituer progressivement une mémoire territoriale des processus de paix accompagnés par ADE-RDC.
13. De l’Arbre de paix aux « limites vivantes »
Dans les conflits liés aux limites des champs, le même principe peut être utilisé lorsque la pratique est reconnue et acceptée localement. Des arbres peuvent servir de limites vivantes et devenir simultanément un marqueur territorial, un élément écologique, un outil de prévention des conflits et un patrimoine communautaire.
14. Une innovation de paix portée par l’environnement
ARCI peut être résumé par une idée forte : nous ne plantons pas simplement des arbres après avoir résolu les conflits. Nous utilisons l’arbre pour donner une mémoire, une identité et une visibilité à la paix que les communautés viennent de construire.
Conflit → Dialogue → Accord → Arbre de paix → Mémoire → Paix durable
15. Résultats et impact du projet ARCI
ARCI produit des résultats à la fois environnementaux, sociaux, économiques et liés à la paix. L’approche ne mesure donc pas uniquement le nombre d’arbres plantés, mais aussi les conflits résolus, les communautés mobilisées et les territoires restaurés.
| Indicateur | Résultat |
|---|---|
| Arbres plantés | 1 000 000+ |
| Hectares restaurés | 250+ ha |
| Ménages bénéficiaires | 8 500+ |
| Conflits communautaires résolus | 43 |
| Provinces d’intervention actuelles | 2 : Sud-Kivu et Ituri |
| Ruches en production | 30 actuellement à l’Éco-Hub |
| Porcs en élevage | 50 |
| Partenaires techniques et stratégiques | 20+ à confirmer |
NB : Les chiffres globaux de 1 000 000+ arbres, 250+ hectares, 8 500+ ménages et 43 conflits sont ceux communiqués par ADE-RDC dans son cahier éditorial et doivent faire l’objet d’une validation documentaire avant publication définitive.
16. Résultats environnementaux
ADE-RDC rapporte avoir contribué à la plantation de plus de 1 000 000 d’arbres et à la restauration de plus de 250 hectares. Ces actions contribuent à la restauration des paysages dégradés, à la protection des sols, à la biodiversité et à la résilience climatique. Dans ARCI, l’arbre possède une fonction qui dépasse la restauration écologique : certains arbres deviennent des Arbres de paix et portent une histoire de dialogue et de réconciliation.
17. Résultats en matière de paix et de cohésion
ADE-RDC indique avoir contribué à la résolution de 43 conflits communautaires entre 2019 et 2026, dont 10 au Sud-Kivu et 33 en Ituri. Ces conflits peuvent notamment concerner les questions foncières, les limites des champs, l’accès aux ressources naturelles, les relations agriculteurs-éleveurs et d’autres tensions liées à l’utilisation du territoire. Dans le modèle ARCI, la résolution est documentée par un processus de médiation, un accord de paix, un procès-verbal disponible et la plantation d’un Arbre de paix.
18. Résultats économiques et Éco-Hub
L’Éco-Hub Communautaire d’ADE-RDC à Bunia constitue un espace complémentaire de formation, de sensibilisation, de production et d’entrepreneuriat communautaire. Les capacités actuellement documentées comprennent 30 ruches, 50 porcs, 100 poules et 30 lapins. Le modèle de rotation du capital naturel permet de transmettre progressivement des animaux à de nouveaux bénéficiaires afin que le capital productif puisse se multiplier au sein de la communauté.
19. ARCI et le Forum de Paris sur la Paix
Le développement et la capitalisation d’ARCI bénéficient d’un accompagnement du Forum de Paris sur la Paix à travers le programme SCUP. Le Forum de Paris sur la Paix est identifié par ADE-RDC comme un partenaire stratégique d’accompagnement et de mentorat du modèle ARCI. Cet accompagnement contribue à renforcer la structuration, la documentation et la visibilité d’une innovation née des réalités communautaires de l’Est de la République démocratique du Congo.
ARCI transforme une paix négociée en une mémoire vivante dans le territoire.
20. Vision
ARCI ambitionne de démontrer qu’en Ituri, l’arbre peut être à la fois une solution écologique, un outil de gouvernance, un facteur économique et un symbole de paix.
« Un conflit résolu. Un accord conclu. Une communauté rassemblée. Un arbre choisi avec les anciens et les agronomes. Un symbole planté. Une histoire conservée. Une paix qui grandit. »